#15 Le 74e R.I.

15.12.17

Le 74e RI militaires
Cette magnifique photo nous donne une belle occasion de parler du service militaire tel qu'il était pratiqué en France à la fin du XIXe. À cette époque régnait encore le système de la conscription. Chaque homme faisait l’objet d’un recensement dans sa commune de résidence à sa vingtième année au mois de décembre. Monsieur Eugène, né en 1876, faisait donc partie de la classe 1896. En janvier de l'année suivante, un numéro est attribué à chacun des recensés, puis un tirage au sort a lieu parmi les numéros pour déterminer ceux qui feront un service réduit (un an) ou complet (trois ans). C’est d’ailleurs de là que viendrait l’expression “tirer le bon numéro”. Ce ne fut hélas pas le cas d’Eugène qui tira le numéro 71 ! Or plus le numéro était petit moins on était favorisé. Il écopa donc des trois ans.

Monsieur Eugène eut plus de chance à l’étape suivante qui est celle du conseil de révision, ayant lieu quelques mois plus tard et qui détermine si le recensé peut se prévaloir d’une dispense. La loi du 15 juillet 1889 avait en effet introduit dans son article 23 la notion de dispense pour les élèves des grandes écoles et les séminaristes contre paiement d'une taxe. Or notre Eugène, à ce moment-là, était étudiant à l’École Spéciale des Langues Orientales qui figurait spécifiquement dans la liste des grandes écoles valant dispense. Une vraie chance pour lui qui tomba au bon moment car la loi du 21 mars 1905 reviendra sur le système des dispenses contre monnaie sonnante et trébuchante, jugé trop inégal. Bref, Monsieur Eugène ne fera donc finalement qu’un an d’armée active sur les trois requis à l’époque.

Quant à savoir ce qu’il faisait aux Langues O, cela reste un mystère ! L’école avait été créée à l’origine pour former des interprètes dans les pays étrangers, en particulier les colonies. Un rêve brisé ? Toujours est-il qu’après trois ans d’étude il “finit” élève breveté en langue arabe vulgaire. En témoigne le diplôme en question retrouvé dans son coffre-fort. A ce jour, nous n'avons trouvé aucune photo ou document faisant écho à cette formation.

Mais revenons à notre histoire. La fiche matricule de notre héros consultée sur site aux Archives de Paris nous apprend que le 13 novembre 1897, Monsieur Eugène intégrera le 74e Régiment d’Infanterie. Il y restera jusqu’au 19 novembre 1898. Nous supposons donc que cette photo de ses camarades d’armée date de cette époque.  Difficile de dire en revanche où le régiment était stationné. À partir de 1899 il sera basé à Rouen mais avant, le mystère demeure.

Où que vous soyez, santé les pioupious !

PS : le parcours militaire de M. Eugène ne fut pas terminé pour autant car l’Histoire réserve parfois de drôles de surprises ... Mais nous verrons cela dans un prochain épisode.

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4 commentaires

  1. Bonjour
    Lequel des trois est M. Eugène ?
    Christophe

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  2. Bonsoir
    Eh bien aucun des trois ! Il se cache derrière l'objectif et ne semble pas pressé de se montrer ...

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  3. Dommage ;-) la photo n'est pas en couleur mais on peut supposer que ces beaux militaires portent encore le pantalon rouge garance héritage d'un temps où il convenait d'être repérable sur un champ de bataille. Au début de la guerre 14-18, cette visibilité a fait des soldats des cibles faciles. L'uniforme prend alors une couleur plus adaptée : bleu horizon.
    Et les moustaches , signe de virilité ? C'est en 1832 qu'une décision ministérielle les rendent obligatoires pour tous les militaires. Cette obligation tombe en 1916 car pas trop compatible avec les masques à gaz :-((
    Il me semble que les épaulettes sont portées uniquement en tenue de sortie. Comme ces trois piou piou étaient dans l'infanterie, elles devaient être rouges.
    J'aimerais bien voir M.Eugène en militaire !!!

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    1. Eh Eh patience patience .. et merci pour ces précisions !

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